Anne-Marie Gbindoun

Peinture

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Exposition

 

2018

2012

2010

Le jour se lève dans les toiles d’Anne-Marie Gbindoun

Elle vous reçoit dans son atelier. Le lieu est paisible, la lumière tamisée par d’amples rideaux blancs, on dirait l’aube. Si vous tenez vraiment à vous asseoir, frayez-vous un espace sur le canapé, entre les tissus, les papiers, les coussins, les boîtes de pinceaux, les cigarettes, les cendriers. Sinon, restez debout, c’est même préférable pour contempler les toiles.
Après avoir noué son tablier, Anne-Marie Gbindoun vous les présente l’une après l’autre, écartant les bras pour les saisir et les poser délicatement sur le chevalet éclaboussé de taches multicolores. Elle ne dit rien, elle observe chaque toile avec vous, avec cette espèce d’étonnement dans les prunelles.

Il est vrai que cette nouvelle série grand format semble surgie de régions jusque-là méconnues. Chacune donne l’impression de se dilater sous vos yeux, de vous jeter à la figure les nouveaux éblouissements intérieurs de l’artiste. L’ampleur du geste est retrouvée, avec des envolées à la Hartung. Silhouettes penchées, masques et suaires : le figuratif se déploie, dirait-on, se dégageant des trames où il s’enfouissait lors des précédentes expositions. Le cadrage, plus hardi, semble parfois chercher le déséquilibre, comme s’il fallait résister à toute sidération, favoriser la métastabilité du marcheur, sauvegarder le mouvement. Les contrastes sont plus francs, la palette beaucoup plus claire. Ici et là, des éclats colorés à la Mondrian, des contrastes violents à la Kirchner, des transparences de vitraux. Elle précise : « Je peins maintenant à la lumière du jour. Auparavant, je peignais la nuit. »

Oui, de toute évidence, le jour se lève sur Cotonou, Paris, Lausanne. La curieuse dramaturgie jubilatoire de l’artiste devient contagieuse. Mais comment expliquer cette renaissance lumineuse, cet éclairement impétueux de la toile chez Anne-Marie Gbindoun ? Elle-même en est surprise. « Vous savez, je ne pense pas à ma peinture, je fais corps avec la toile, c’est quelque chose d’automatique. » Après un silence, elle ajoute, d’une voix hésitante : « Mais, entre nous soit dit, si j’ai la niaque c’est parce que je sais bien qu’on va tous mourir. Alors il ne faut plus garder les choses pour soi, il faut les libérer. »

Cette fois, elle a laissé surtout faire ses mains. « J’ai l’impression de mieux dire les choses en les laissant bouger sur la toile, sans l’intermédiaire d’un pinceau ou d’un outil. Comme font les enfants ». Elle vous confiera aussi qu’elle n’a pas vraiment l’impression de travailler. Elle ne prend conscience du labeur accompli que lorsqu’elle expose ses toiles.


Gérard Salem


Anne-Marie Gbindoun est née en 1968 à Cotonou au Bénin. Elle y a vécu jusqu’à l’âge de onze ans puis a résidé à Paris pendant six ans, avant de voyager en Europe. Depuis vingt ans, elle est établie à Lausanne. 
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2015